après la manifestation du 4 septembre, agir ici et maintenant

Communiqué de presse du collectif RomEurope de l’agglomération nantaise du samedi 10 septembre 2010

Après la manifestation du 4 septembre, agir ici et maintenant

Le 4 septembre, 10 000 Nantais ont fait savoir que les discours d’incitation à la haine raciale ne sont pas la voix de la France. Ce moment de basculement offre l’opportunité de réorienter localement la politique publique vis à vis des habitants roumains de notre agglomération. En montrant que la politique d’expulsion des terrains squattés produit des effets désastreux, notamment pour les enfants et leur droit à l’éducation et à la santé, nous demandons l’arrêt des expulsions et la réunion immédiate d’une table ronde de tous les acteurs de l’agglomération, habitants roms inclus. Une politique publique mal conduite devient facilement discriminatoire.

Le collectif RomEurope de l’agglomération nantaise a mis au débat en avril 2010 une série de propositions. Elles sont plus que jamais d’actualité et nous vous invitons à en prendre connaissance : https://collectifromeuropenantes.wordpress.com/about/

Enfin, par un retour sur d’autres migrations récentes, comme celle des Portugais, nous montrons combien la « question rom » est une fabrication de propagande et que la population roumaine de culture rom est en réalité très peu nombreuse. En 1968, les 15 000 Roms présents aujourd’hui en France auraient tenu dans le seul bidonville portugais de Champigny-sur-Marne, dans un seul terrain, une seule commune ! Il n’y a pas de « question rom », il n’y a que des politiques urbaines et sociales.

Ci-dessous le communiqué complet du collectif.

communique-romeurope-nantes-suite-4septembre-2010

Vivre ensemble libres, égaux et solidaires

Avec le chaud soleil d’une fin d’été et 10 000 manifestants enthousiastes dans les rues de Nantes, la manifestation unitaire du samedi 4 septembre contre la xénophobie d’État et tous les racismes, institutionnels ou non, est un moment de basculement. Les discours d’incitation à la haine raciale ne sont pas la voix de la France. Manifestants nantais, nous l’avons fait savoir.















Ce coup d’arrêt au déferlement raciste de l’été 2010 a été aussi l’occasion de réfléchir, avec les personnes concernées, aux politiques publiques à toutes les échelles : européenne, nationale et locales.

Le point sur les expulsions dans l’agglomération nantaise

Depuis le début de l’année, comme le montre le document établi par Médecins du Monde [expulsions-janvier-septembre-2010], les habitants roumains de culture rom sont soumis à une déstabilisation géographique qui s’accélère et produit des conséquences sociales particulièrement malheureuses. Avec plus de 35 expulsions depuis janvier, la politique systématique d’expulsion des terrains squattés sans solution de relogement ne peut continuer indéfiniment. Depuis deux ans, elle est pourtant devenue, sauf exceptions, la politique publique des collectivités locales.
Même si des décisions de justice ont récemment donné des délais d’expulsion allant jusqu’à plusieurs mois et condamné la mairie de Nantes pour une procédure d’expulsion irrégulière, la réalité est qu’une expulsion peut toujours être réalisée en quelques semaines. L’exemple de la dernière expulsion a Rezé permet de se rendre compte de la procédure [voir les documents : signification-ordonnance-refere-reze-aout-2010, commandement-quitter-les-lieux-reze-aout-2010]. Peut-on imaginer les habitants devoir « déménager » toutes les 4 semaines sans incidence sur l’accès à la scolarisation efficace des enfants, à la santé de tous les jours, à l’emploi et à la vie civique ? La politique de désinsertion des habitants roumains de culture rom de agglomération nantaise est un échec social et politique. Elle annule toutes les actions positives entreprises par ailleurs par les collectivités. Une action publique de qualité ne peut tolérer longtemps de telles contradictions.

Le lien est étroit entre expulsion, bidonville et scolarisation discriminatoire

Le collectif RomEurope de l’agglomération nantaise, observe la réalité des scolarisations des enfants roumains de culture rom et attire l’attention sur la mauvaise qualité de réalisation de l’obligation scolaire par les collectivités et l’État. D’une part, parce que les dispositifs linguistiques ont été et sont toujours très insuffisants, d’autre part, parce que les déplacements forcés dans l’agglomération (très loin des écoles des enfants), ainsi que le maintien dans les conditions indignes du bidonville (comment se laver, avoir des vêtements propres et secs en plein hiver, faire ses devoirs ?) ne permettent ni aux enfants, ni à leur parents d’avoir des conditions normales d’accès à l’éducation. Aujourd’hui, dans notre agglomération, le respect déraisonnable du droit de propriété sur des friches pourtant sans aucune affectation immédiate se réalise contre le droit à l’éducation. Expulsion incessante, enfermement dans le bidonville et manque d’implication du service public d’éducation produisent une scolarisation qui apparaît discriminatoire et de seconde zone pour de nombreux enfants de l’agglomération.















Nantes, place du pilori, 4 septembre : « on veut rester en France et aller à l’école »

L’arrêt immédiat des expulsions, une question de bon sens

Notre pétition pour une table-ronde de tous les acteurs, habitants roms inclus, et l’arrêt des expulsions, a été ouverte à la signature lors du Forum mondial des Droits de l’Homme de Nantes de juin 2010. Elle est toujours d’actualité, puisque les expulsions continuent. L’avez-vous signée ? Martine Aubry, oui. Ou presque ! Lille Métropole Communauté Urbaine a gelé toutes les expulsions depuis le 31 juillet dernier. De nombreux élus de l’agglomération nantaise, de différentes tendances, ont réclamé la nécessaire réorientation de la politique de Nantes Métropole. C’est une question de bon sens et le début d’une solution pragmatique : construire une politique d’habitants. Ce n’est tout simplement pas possible de discuter en expulsant quelqu’un.

Une table-ronde pour une politique d’habitants, c’est le moment !

Nous avons mis au débat en avril 2010 un ensemble de propositions simples, peu couteuses et de nature à produire du consensus.
Ce document Habitants roms nantais, une politique publique pacifiée pour des gens comme les autres est organisé autour de cinq idées simples :
– développer la participation et les droits civiques des familles
– développer le logement en créant l’adresse et le lieu
– développer la scolarisation et l’accès normal à la santé des familles
– développer l’accès normal à l’emploi et la formation professionnelle
– développer le vivre ensemble en luttant contre les représentations xénophobes ou déficitaires

Ce document et d’autres informations (articles, liens, expériences, témoignages) sont disponibles sur le blog du collectif.
https://collectifromeuropenantes.wordpress.com

Et la Roumanie dans tout ça ?

Notre agglomération compte de nombreux jumelages avec la Roumanie. La Roumanie est multiple, européenne, dynamique et malheureuse à la fois, aux prises avec de nombreuses difficultés liées à la transition économique et civique, à la corruption et au mal-développement, aux effets démultipliés de la crise financière. De nombreux Nantais sont allés en Roumanie ou dans les pays voisins, de nombreux Roumains, roms et non-roms, vivent aussi « normalement » à Nantes, c’est-à-dire dans un vrai logement. Alors, c’est que c’est possible ! Le co-développement, c’est d’abord avoir de bonnes pratiques ici et là-bas. En ce sens, une politique publique normale vis-à-vis des habitants roms de notre agglomération serait un acte fort, un acte de nature à aider tous les Roumains, roms et non-roms, qui souhaitent l’intégration civique, sociale et économique de tous les habitants de la Roumanie.

Enfin, pour terminer, une comparaison pour déconstruire la pseudo « question rom »

Au milieu des années soixante, la société française découvrait avec une certaine stupeur les réalités de l’immigration des Portugais dont les entrées s’accéléraient depuis le début de la décennie. On apprenait tout à la fois qu’ils avaient dû émigrer clandestinement, qu’ils étaient en France en situation irrégulière et que le tiers de ceux qui vivaient dans la région parisienne avaient trouvé refuge dans des bidonvilles, tout particulièrement dans celui de Champigny-sur-Marne, qui, avec 15 000 Portugais, était devenu le plus grand bidonville de France(1).
Ainsi, dans les années soixante, nous aurions pu faire tenir tous les habitants roms de France dans une seule commune de la région parisienne, dans un seul bidonville ! C’est cela la pseudo « question rom ». Et ce qui est indigne, ce n’est pas le modeste bidonville rom et ses 15 000 habitants, mais l’invention dans la France de 2010 d’une « question rom » qui transforme une question sociale minuscule – l’intégration urbaine de 15 000 habitants précaires dans l’un des pays les plus riches du monde – en une incroyable croisade solitaire de l’État français contre ses étrangers les plus pauvres et contre ses propres valeurs, celles de la République et de l’Europe. Quel homme politique oserait aujourd’hui attaquer et insulter la communauté portugaise et sa culture, vivante et intégrée ? Les Roms sont peut-être bien les Portugais de 2010, mais cent fois moins nombreux, alors nous pouvons dire : il n’y a pas de « question rom » en France, ni à Nantes Métropole, il n’y a que des questions urbaines et sociales – aux différentes échelles de l’action publique, européenne, nationale et locales.

(1) Marie-Christine Volovitch-Tavares, Clandestinités urbaines, les citadins et les territoires du secret (XVIe-XXe), 2008, Presses Universitaires de Rennes.

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