la scolarisation des enfants roms de l’agglomération nantaise, décembre 2010

Un stage de formation d’une journée le mardi 11 janvier 2011

Le collectif Romeurope de l’agglomération nantaise co-organise avec le SNUIPP 44 et la FSU 44, le mardi 11 janvier 2011, à la maison des syndicats de Nantes, (place de la gare de l’État / boulevard de la Prairie au Duc) un stage d’une journée dédiée à cette question : état des lieux contradictoire, échanges de pratiques et mutualisation d’outils de travail. Les stagiaires sont invités à amener outils et documents qu’ils utilisent ou qu’il sont en train d’élaborer.

Voir la programmation de la journée : site SNIUPsur ce blog)

Il s’agit, à partir des apports des invités et des participants, de construire quelques éléments de réponse dans la classe, comme dans l’établissement et son environnement, à une situation de scolarisation qui n’apparaît pas satisfaisante, qui est très mal prise en compte par l’action publique et ne saurait se contenter d’une explication simpliste (et illégale) par les préjugés ethniques.
Ce stage de formation est ouvert aux personnels d’éducation comme aux autres acteurs professionnels ou associatifs. Il est gratuit – inscription tardive directement à l’adresse du Collectif (romeurope.nantes@gmail.com).

Dans cette perspective, nous proposons ci-dessous un point d’information issu de l’expérience des différentes associations membres du Collectif Romeurope.

Des pratiques des collectivités territoriales et de l’Éducation Nationale spécifiques, discriminantes et défavorables aux enfants roms

L’école est un lieu de socialisation pour les enfants, mais aussi pour les parents. Pour les maires hostiles à la présence de ces habitants européens en grande précarité, inscrire des élèves résidant sur des terrains illégaux revient à admettre leur ancrage territorial sur la commune et donc leur statut d’habitants. Cependant, la loi oblige les maires à dresser une liste des enfants en âge d’être scolarisés et de les affecter immédiatement dans un établissement scolaire. Alors que les mairies et la police se tiennent informés précisément de la présence des habitants roms sur leur territoire, les services municipaux se déplacent rarement pour s’informer de la présence de ces élèves.
Les parents roms qui veulent inscrire eux-mêmes leurs enfants se heurtent à un certain nombre de difficultés : faible qualification scolaire des parents dans le pays d’origine, mauvaise connaissance du système éducatif français, difficulté de compréhension du français, défaillance du système d’accueil des enfants allophones, afflux soudain et massif d’enfants à la suite d’une expulsion qui génère des résistances administratives à l’inscription, ou au contraire une tentation de la radiation dans l’école précédente sans que les parents aient demandé quoi que ce soit, lenteur globale des affectations des élèves en retard scolaire, demandes extra-légales (assurance, documents sanitaires). Les conditions de vie même dans le bidonville rendent la vie quotidienne hostile à la routine scolaire : préparer et envoyer les enfants à l’école tous les jours dans de bonnes conditions est particulièrement difficile depuis le bidonville, notamment en période hivernale.
C’est dans ce contexte que le Conseil général a créé et finance une association, Chaptal, qui se substitue aux parents roms pour inscrire les enfants d’âge scolaire à l’école dans l’agglomération. La travail de restructuration des scolarités menées par les associations du collectif Romeurope a montré, malgré le travail du service Chaptal, les limites d’une telle démarche, tant sur le plan de l’efficacité ou de la responsabilisation des familles précaires, que sur celui de la pertinence des inscriptions effectivement réalisées. Beaucoup d’enfants sont encore inscrits dans des lieux très éloignés du domicile, les fratries sont trop souvent séparées, les enfants sont trop souvent encore, inscrits tardivement, en SEGPA ou avec des différentiels d’âge exagérés, en raison des retards linguistiques et des antécédents de scolarisation chaotique due aux conditions de la migration.
Résumons-nous : les élèves roms de l’agglomération ont été et sont encore largement désectorisés par l’administration pour éviter les concentrations d’élèves roms dans une même école, ce qui constitue une pratique sans équivalent pour d’autres communautés culturelles ou linguistiques. Cette désectorisation prend l’aspect d’un allongement exagéré des temps et des coûts de transport, d’une très grande fragmentation de l’investissement scolaire des enfants comme des parents, et notamment d’une déconnexion quartier/école peu propice à une bonne socialisation, à une socialisation ordinaire. Dans ce contexte, le manque d’assiduité des enfants, portés souvent exclusivement au compte de l’origine ethnique rom perçue comme a-scolaire, s’explique très largement par les mauvaises conditions de vie du bidonville (hygiène, linge, chauffage, lumière, conditions à la maison), les expulsions à répétition et par les conditions de scolarisation extrêmement défavorables – même si les familles font toujours observer que ces conditions sont meilleures qu’en Roumanie. Dans ce contexte, même les enfants roms qui réussissent à l’école semblent une bizarrerie et sont peu reconnus, alors qu’ils sont un des éléments majeurs de la solution d’intégration.

La faiblesse des dispositifs et des ressources de l’institution scolaire, des enfants roms en scolarisation de seconde zone en Loire-Atlantique

Le département de la Loire-Atlantique apparaît sous-doté pour l’accueil des enfants allophones, alors que des fonds sont débloqués pour l’ouverture de classes internationales de langue anglaise et de langue allemande en prévision d’un lycée international. L’attractivité internationale du département doit aussi se traduire par une augmentation des moyens d’accueil des enfants allophones, y compris ceux issus de milieux populaires. Pour la métropole nantaise,  il existe une seule Clin (classe d’initiation de 15 élèves) et deux enseignants itinérants au primaire, deux CLA (classes d’accueil de 15 élèves) ainsi que des professeurs itinérants au collège. La scolarité hachée des élèves roms les exclue souvent de ces dispositifs, de toute façon insuffisants.
Les profils d’élèves sont complexes car ces enfants accumulent les difficultés : langue maternelle différente, parcours scolaire inexistant ou chaotique pour des élèves âgés, lien avec les familles compliqué à nouer… Les problèmes d’assiduité ainsi que les compétences parfois très décalées par rapport à leur classe d’âge ne facilitent pas les projets d’élèves. L’orientation est parfois négligée car les protocoles de signalement et les dossiers d’orientation nécessitent des démarches longues et lourdes qui impliquent l’information et l’adhésion des familles, ce qui n’est pas simple à obtenir dans le contexte de la précarité. Les enseignants n’ont pas de visibilité sur les situations quotidiennes vécues par leurs élèves et les familles ne veulent pas toujours informer les enseignants des procédures d’expulsion, par crainte de la radiation. L’orientation en SEGPA (section d’enseignement général et professionnel adapté) pour les élèves qui ont 12 ans est très fréquente et est souvent la solution par défaut, faute de places en CLA. L’objectif pré-professionnalisant de la SEGPA est terni par un apprentissage préalable du français insuffisant qui fragilise, voire empêche l’insertion dans les protocoles de formation professionnelle.
Résumons-nous : dans un contexte de moyens et de dispositifs très réduits, l’accueil des élèves et des parents d’élèves roms est fortement affecté par les préjugés et l’hostilité administrative. Il y a confusion entre les symptômes liés à l’extrême précarité des familles, à l’âge ou à l’affectif interprétés fréquemment par l’administration comme des particularismes ethniques. Les lois qui encadrent l’accès à l’école pour tous et les grands principes de scolarisation de toute la société se trouvent aujourd’hui en contradiction avec les orientations politiques du gouvernement et de certaines collectivités territoriales. L’amélioration des parcours scolaires et la socialisation ordinaire des enfants roms dans le cadre de la société française républicaine ne pourront se réaliser que par la reconnaissance des habitants roms installés en France comme des citoyens européens à part entière et par l’amélioration de leurs conditions de vie, c’est-à-dire la résorption positive des bidonvilles, comme cela a déjà été fait dans les années 1960 et 1970 en France et même dans notre département, pour d’autres catégories de migrants.

D’autres éléments sur la scolarisation à lire dans le rapport 2010 du Collectif RomEurope national, ainsi que dans les recommandations de la Halde au gouvernement du 26 octobre 2009.

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