Un vrai toit pour trois familles roms de Rezé, et pas plus

La famille Miculescu se prépare a être relogée ces prochains jours par la municipalité de Rezé, avec deux autres familles d’origine rom (photo : A. Penna).

Après le projet d’intégration de 5 familles à Indre (voir notre article précédent), c’est au tour de Rezé de proposer un logement à 3 des 20 familles du campement sauvage de Haute Île, près de Pont-Rousseau. Mais contrairement à ce qui s’est passé à Indre, les militants associatifs défendant les Roms de Rezé se désolidarisent de cette initiative. Ils la jugent insuffisante. Ambiance à quelques jours du déménagement…Ne manque que la réaction de la mairie, qui réfléchit encore à
comment communiquer.

Une gazinière, un réfrigérateur, un buffet, deux lits une personne et un lit deux personnes… La liste circule sur internet parmi le réseau des militants soutenant les Roms de Rezé. Ces meubles et cet électroménager, ce sont les Miculescu qui en ont besoin pour s’installer entre quatre murs. En effet, cette famille d’origine rom est l’une des trois heureuses élues par la mairie de Rezé. Le 22 avril, elle va quitter ses deux caravanes vétustes pour une maison au loyer mensuel de 20 euros, mise à leur disposition par la commune sur le territoire de laquelle elle errait depuis plus de deux ans (les anciens abattoirs, Pont-Rousseau puis ici à Haute Île, le long de la voie ferrée derrière les nouvelles cliniques, depuis près de 8 mois.)

« Une maison ! On est très content ! », s’exclame Mihaela, la mère. Elle est soulagée. Surtout pour sa fille de 11 ans à la santé fragile. « Mes deux enfants à l’école, moi et mon mari au cours de français, ma recherche de travail tous les jours….le maire a regardé tout ça ». Mais la mère de famille précise : « Je suis désolée pour tout le monde qui va rester
ici ! » Elle ne va même pas pouvoir leur céder ses caravanes, la mairie va les détruire. Évidemment, les relations avec le reste de la communauté se sont tendues. Dehors, les regards sont jaloux : « pourquoi pas nous ? ».

Les associatifs ne cautionnent pas

« Les familles qui restent sont les plus fragiles », rappelle Aurélia Becuwe, co-présidente de l’association Ame sam, crée par des citoyens rezéens pour soutenir les Roms sur leur commune. Si les militants cherchent des meubles pour les familles sélectionnées, ils sont bien décidés à continuer le combat pour toutes les autres… qui risquent l’expulsion. Aurélia Becuwe insiste, comme dans le communiqué rapidement publié par son association pour couper court aux critiques : « Nous n’avons pas été associés à la sélection de la mairie et même si on nous l’avait demandé, nous aurions probablement refusé. » Entre les militants et la mairie de Rezé, la tendance est plutôt au conflit qu’au dialogue constructif, contrairement à la coopération entre la mairie d’Indre et l’association Romsi.

Autre différence pragmatique : la taille des communes. Aurélia Becuwe a fait le calcul :« Rezé reloge trois familles seulement alors qu’elle a 10 fois plus d’habitants qu’Indre. Logiquement…elle devrait être capable de reloger les 20 du terrain». En plus, certaines auraient accepté l’aide au retour, donc une quinzaine seulement envisageraient de rester. La
militante dénonce : « c’est transformer les « victimes » qui n’arrivent pas à gérer le quotidien en « coupables » de ne pas avoir fait suffisamment d’efforts pour s’intégrer… » Dans son communiqué, l’association Ame sam s’interroge sur les critères choisis pour définir la « capacité d’intégration » des familles. Pour elle, les trois sélectionnées l’ont surtout été pour leur potentialité à être prises en charge par des fonds sociaux.

La définition des critères

Ces critères, comment ont-ils été définis ? Dans ce projet, la mairie et son service social se sont appuyés sur l’expertise des travailleurs sociaux de la Permanence Chaptal, liée à l’association Saint-Benoît Labre et financée par le Conseil général. Elle a fait un diagnostic social. « Nous avons recensé les familles présentes sur le terrain et recueilli leurs parcours
de vie », explique Vanessa Bernard, de la permanence Chaptal, alors qu’elle est à Emmaus pour compléter la liste des meubles. Elle reconnaît que « ce n’est pas forcément évident de fixer les critères. Cela fait partie d’une appréciation globale de la famille, en essayant d’être le plus objectif possible, en évitant l’affect et la prise de position. »

La décision finale a été prise par la mairie. Trois familles ont donc été retenues et informées par les travailleurs sociaux de Chaptal. Les Miculescu et un jeune couple avec enfant seront logés dans deux maisons préemptées. La troisième famille sélectionnée, qui elle a des droit CAF et avait entamé les démarches pour un logement social, doit aller en HLM. Le 22 avril,
chaque famille devrait signer une convention bipartite avec la mairie. Toutes seront ensuite accompagnées socialement par Actaroms. La nouvelle s’est diffusée, mais pas par la volonté de la mairie de Rezé qui n’avait manifestement pas prévu de communiquer. Embarrassée ? Une réunion en interne doit avoir lieu vendredi soir, peut être pour mettre au point une stratégie en la matière. Sollicitée par les médias, elle a promis des explications pour la semaine prochaine.

Armandine Penna

Article publié le : 18 avril 2011 dans Le canard social

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