expulsion de roms à cluj-napoca, la ville roumaine jumelée avec nantes

Un petit récit extrait d’un rapport d’Amnesty International de juin 2011

 

 

 

 

 

 

 

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Le 17 décembre 2010, les autorités de Cluj-Napoca, troisième ville du pays [jumelée avec Nantes], ont expulsé de force 56 familles roms de la rue Coastei, en centre-ville, où certaines d’entre elles vivaient depuis quelque 25 ans. Vers 6 heures du matin, des agents de police se sont présentés, accompagnés de représentants de la municipalité, et ont informé toutes les personnes habitant cette rue qu’elles devaient déménager leurs affaires avant la fin de la journée, alors qu’elles n’avaient pas été consultées au préalable et qu’aucune autre solution que l’expulsion n’avait été envisagée. Elles n’ont pas eu la possibilité de contester la décision d’expulsion et n’avaient pas reçu de notification écrite ni de préavis détaillé dans un délai suffisant. Les représentants de la municipalité les avaient informées en personne de la destruction de leurs habitations deux jours seulement avant l’expulsion. Quarante familles ont été relogées dans de nouvelles habitations en périphérie de la ville, sur une colline située au-dessus de Pata Rât, un quartier rom existant de longue date et où vivent, dans des conditions déplorables, un millier de Roms. Ces nouveaux logements sont situés près de la décharge municipale et d’une ancienne déchetterie destinée aux produits chimiques. Les 16 autres familles ne se sont pas vu proposer de solution de relogement. Elles ont été autorisées à construire leurs propres cabanes à côté des nouvelles habitations.
Ces logements, construits grâce à des fonds publics spécialement destinés à l’hébergement des familles concernées, ne sont pas conformes aux normes internationales et nationales en matière d’habitat décent, en particulier du fait de leur emplacement, de leur habitabilité et de la disponibilité des services, des installations et des infrastructures. Chaque bâtiment est composé de quatre pièces de 18 mètres carrés chacune, occupées par différentes familles qui partagent l’unique salle de bains. George, l’un des Roms expulsés, a déclaré à Amnesty International : « La pièce est toute petite ; il y a de l’eau de pluie qui ruisselle sur les murs. C’est terrible, c’est un cauchemar. […] Je dois sortir de la pièce à chaque fois que ma fille de 16 ans se change. Ce n’est pas un endroit pour une famille. […] À côté de nous, il y a une famille de 13 personnes, dont 11 enfants, dans une seule pièce. […] C’est vraiment terrible. » L’eau, l’électricité et l’évacuation des égouts ont été prévues mais les installations sanitaires sont insuffisantes. Les pièces ne sont pas traitées contre l’humidité et les moisissures et il n’y a pas de raccordement au gaz. Alina, une femme rom qui s’est vu attribuer une pièce pour sa famille, partage la salle de bains avec plus de 20 personnes. Cette situation engendre pour elle de nombreux désagréments et un sentiment d’insécurité. « Il n’y a aucune intimité. Quand nous allons aux toilettes, nous y allons à deux ; l’un garde un oeil sur la porte pendant que l’autre utilise les toilettes. » L’arrêt de bus le plus proche se trouve à environ 3 kilomètres. L’accès aux transports publics, aux établissements scolaires, à l’emploi et aux services de santé est difficile. La communauté a été déplacée du centre-ville, où elle vivait au milieu du reste de la population, et relogée dans un quartier essentiellement, voire exclusivement, habité par des Roms. Cette réinstallation, qui entraîne des atteintes au droit au logement, soulève également de graves questions sur une possible politique de ségrégation de la part des autorités locales.

extrait du rapport d’Amnesty International, Une fracture juridique, les roms et le droit au logement en Roumanie, juin 2011 [page 8/16]

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