bidonvilles et municipales, état des lieux à rezé

merci de trouver ici l’état des lieux proposé par l’association ame sam de rezé pour éclairer le débat public des élections municipales. l’association rencontre actuellement les représentants des principaux groupes politiques. le texte ci-dessous est dans le pdf

bidonville-et-municipales-a-reze-decembre-2013

bonne lecture.

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Association Ame Sam Rezé

ame.sam.reze@gmail.com

Bidonvilles et municipales à Rezé, état décembre 2013

L’association, créée à Pont-Rousseau en 2010, rappelle l’existence à Rezé depuis le milieu des années 2000 d’un habitat précaire de familles roumaines rom – habitat que l’État lui-même accepte aujourd’hui de nommer comme étant des bidonvilles – c’est à dire une question urbaine et non ethnique. Deux groupes de familles habitent actuellement Rezé, l’un aux anciennes Sablières, l’autre rue de la Basse-Île. Le groupe installé aux Sablières, rezéen depuis 2009, a connu une dizaine d’expulsions en quatre ans.

En ce qui apparaît comme l’absence d’exercice réel de l’autorité publique municipale sur ces bidonvilles, les conditions de vie de ces habitants précaires comme les relations avec certains riverains se sont dégradées. Deux événements récents (septembre-octobre 2013) marquent cette dégradation : l’utilisation de Rezé dans un article du magazine d’extrême-droite Valeurs Actuelles et une (petite) contre-manifestation devant la mairie, avec des panonceaux ouvertement racistes tombant sous le coup de la loi.

La virulence d’habitants mécontents se comprend par les nuisances réelles que produit un habitat sous-intégré peuplé d’habitants privés d’un certain de droits élémentaires, pour les habitants comme pour les riverains. Ce ressentiment qui prend dans le bidonville l’aspect du désinvestissement et du découragement, et dehors, chez certains, une forme ouvertement raciste traduit bien l’absence d’une politique publique municipale vis à vis du bidonville (autre que le recours au juge des expulsions). Cela a aussi été sinon créé, du moins facilité par une évolution inquiétante de la parole publique (et pas seulement au niveau local). L’action municipale n’a pas utilisé les outils usuels à sa disposition et a compensé par un discours de plus en plus ambiguë.

La mairie a choisi la politique de la chaise vide : ignorer le bidonville et ses habitants, mais aussi les riverains, le réseau associatif, les autres habitants. Elle a très peu communiqué sur le sujet et très mal (racialisme, moralisme, rumeur), le maire ayant imposé un comportement contre-productif aux techniciens et à l’équipe municipale. Celle-ci s’est toujours justifiée souvent en disant qu’elle avait logé quelques familles. Trois familles sont actuellement en logement d’urgence. Mais prendre à bras le corps la question du bidonville en 2013 dans une ville de 40 000 habitants au sein d’une des métropoles les plus développées d’Europe, ce n’est pas loger trois familles et cela ne répond en rien à la question du bidonville. La réponse est ailleurs, dans le projet politique et le projet urbain eux-mêmes.

La situation dans l’agglomération nantaise est très hétérogène et les élus sont eux-mêmes très clivés sur ce dossier : des centaines d’expulsions depuis le milieu des années 2000, mais aussi des expériences plutôt réussies et bon marché fondées sur la coopération de la collectivité avec les habitants : Les Sorinières, Sainte-Luce, Indre, mais aussi La Montagne, Le Pellerin, Saint-Jean-de-Boiseau, Couëron, La Chapelle-sur-Erdre, Treillières, Vigneux ont pris en charge cette question. Avec des dispositifs peu coopératifs, mais professionnalisés et plus coûteux, la ville de Nantes a également mené un important programme avec un certain nombre de réussites – programme très fortement réduit dès 2008 et mal assumé.

Le retour en Roumanie fait depuis 2 ans l’objet d’une politique spécifique de Nantes Métropole et alimente localement et de manière totalement disproportionnée (seulement cinq familles aidées) les fantasmes de la « vocation des Roms à retourner en Roumanie ».

L’absence proclamée de politique métropolitaine n’apparaît donc pas exacte. Ni dans les faits, ni dans les textes. S’il n’y a pas et ne peut y avoir de compétence rom, la compétence bidonvilles ressort de nombreux outils publiques existants et c’est bien le sens de l’action de la DIHAL fondée sur la circulaire inter-ministérielle du 26 août 20121, visant à mobiliser les outils urbains ordinaires. Et il n’est pas acceptable d’entendre un élu de Rezé dire que la ville applique depuis longtemps cette circulaire. C’est faux et cette autosatisfaction absurde traduit un malentendu complet sur la politique urbaine. La circulaire vise la résorption des bidonvilles et à dés-ethniciser ce dossier. La mise en œuvre de la circulaire dans l’agglomération est à ce stade fort fragile, comme a pu le constater le Préfet Régnier, lors de sa venue à Nantes le 26 novembre 2013. Une partie de la structure métropolitaine reste accrochée à ses pratiques antérieures. Le lendemain de sa visite, de nouvelles expulsions sans diagnostic avec envoi forcé de familles dans d’autres terrains illégaux, dont celui de Rezé, pourtant expulsable à tout moment. Les services municipaux de Rezé semblant ignorer et même réfuter ce qui était en train de se passer.

À ce jour, la ville de Rezé ne met nullement en œuvre la circulaire, mais a produit une action d’intégration réduite et une action de désintégration soutenue.

Elle ne s’intéresse pas à la question du bidonville.

Une occasion s’est pourtant présentée à Rezé de contractualiser les rapports avec les familles installées sur le terrain du Pendule : la médiation judiciaire entamée par l’opérateur culturel Le Voyage à Nantes. La Mairie a refusé d’y prendre part, malgré l’invitation pressante de l’association et du Voyage à Nantes. Malgré sa fin ratée, par défaillance de l’acteur municipal, cette médiation a montré que les habitants roms agissent comme les autres quand on contractualise des engagements.

Nous tenons à dispositions de nombreux exemples de comportements municipaux inadaptés, de l’hygiène à la domiciliation, de la conférence de presse à la médiation. Pourtant, l’anti-tsiganisme supposé des Rezéens ne se vérifie pas. À n’entendre que ceux qui se plaignent, certains élus ont cessé d’entendre et se sont coupés des gens de tous milieux qui ont une approche mesurée et pragmatique de cette situation, habitants, riverains ou agents des services publics.

La vocation d’Ame Sam, dont le fonctionnement a été fortement perturbé par le mur politique opposé par le maire, n’est pas de se substituer à l’action des pouvoirs publics. L’association n’a joué et ne peut jouer qu’un rôle d’intermédiation. Nous ne pouvons donc proposer aucune solution toute faite : ce serait absurde. C’est seulement de méthode qu’il faut changer et les solutions seront co-produites avec les différents acteurs concernés dans une démarche de résilience urbaine.

Rezé n’est pas et n’a pas vocation à être une ville raciste.

Pour leur part, les habitants des bidonvilles souhaitent ne plus être indéfiniment expulsables et sont prêts à à se répartir en groupes restreints sur des emplacements viabilisés à minima. Une stabilité relative leur permettrait de chercher du travail (fin des restrictions de travail au 1er janvier 2014) avec plus de succès. Ils savent aussi parfaitement qu’ils devront être aidés dans cette recherche. Ils savent aussi que l’investissement scolaire de leurs enfants et leur résultats s’améliorent avec la stabilité du logement. Enfin, ils revendiquent de ne pas être assimilés aux délinquants que peut compter leur communauté. Cette assimilation compromet gravement leur participation à la vie locale. Ce problème relève en effet de la police et de la justice. Ils demandent que celle-ci s’exerce sur les faits de délinquance.

La seule proposition que l’association soumet aux candidats et aux électeurs est un changement radical de méthode, dans l’esprit d’une politique locale participante et d’une mise en œuvre de la circulaire du 26 août 2012.

– Prise en compte du bidonville dans la politique urbaine de Rezé, pour sa résorption

– Dé-ethnicisation de cette question et parole publique contre la rumeur et le racisme

– Intégration des habitants précaires dans le processus comme acteurs ordinaires.

Quels que soient les choix que pourra faire la nouvelle municipalité, ils nécessiteront un engagement fort et clairement affirmé : des élus et des techniciens référents, des gens qui n’ont pas peur de porter l’autorité publique à tous et partout, ni de lutter contre la montée de la parole raciste et d’états de fait contraires auxvaleurs communes de la république.

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